Débat public

Le retour du loup en plaines lorraines


Apaiser la cohabitation entre le loup et les activités humaines en plaine

Note de positionnement éditée par MNE en Septembre 2017

Note téléchargeable en cliquant ici.

Depuis 2014, Meuse Nature Environnement a travaillé, en concertation avec le monde de l’environnement et celui de l’élevage, afin de mieux comprendre la problématique du retour du loup en plaines lorraines, d’initier et de développer des expérimentations de mesures de protection des troupeaux contre le loup, et d’acquérir des connaissances suffisantes pour communiquer auprès du public. Ce positionnement, qui fait suite à trois années d’étude et d’analyse de la situation sur le terrain en plaines lorraines, peut être amené à évoluer.

La place du loup en plaines lorraines

> Le loup est revenu naturellement sur le territoire lorrain (2011 en montagne, 2013 en plaine). Le loup, prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, fait partie des écosystèmes au même titre que toutes les espèces. Son retour peut avoir des impacts positifs comme négatifs sur la biodiversité. Par exemple, ce prédateur de la grande faune est supposé limiter la dégradation de la flore, dont les arbres forestiers, par les ongulés. Cependant, l’adaptation de clôtures pour défendre les troupeaux peut nécessiter l’arrachage de haies, le désherbage chimique et la création de discontinuités écologiques.

MNE défend la place du loup dans les écosystèmes, au même titre que toutes les espèces.

MNE demande qu'un projet de suivi global soit effectué sur les zones nouvellement recolonisées par le loup (territoire de plaine) pour tenter de mesurer l'impact et le rôle du loup sur les écosystèmes.

> La protection du loup est inscrite dans les règles de droit national, communautaire et international. Les textes d’application visant sa protection ne sont cependant pas nécessairement adaptés à chaque situation. Le contexte de cohabitation en milieu montagnard et en plaine est différent. En France, le Plan Loup ne permet pas la prise en compte indispensable des spécificités de chaque exploitation (localisation, relief, parcellaire, végétation, conduite des troupeaux, situation socio-économique…). La cohabitation aujourd’hui est forcée.

MNE défend le statut de protection de l’espèce mais remet en question la mise en œuvre actuelle des politiques de protection du loup sur le terrain.

Le soutien et l’aide aux éleveurs

> L’élevage ovin est une activité agricole essentielle, source d’emplois, qui contribue à la diversité des activités agricoles comme à celle de nos paysages. L’agriculture paysanne permet la préservation d'espèces et d'habitats et le maintien d'une biodiversité spécifique, dans les prairies pâturées et non retournées. Déjà soumis à de nombreuses autres difficultés, l’élevage doit être soutenu face à la présence du loup. Des investissements initiaux pour protéger les troupeaux permettent de limiter les attaques et les indemnisations liées.

Plutôt que la confrontation, MNE privilégie l’écoute et le soutien aux éleveurs, et si possible leur accompagnement technique pour rechercher une protection la plus efficace possible de leurs troupeaux.

MNE demande la prise en compte du cas de chaque exploitation et des améliorations du Plan Loup :

- une indemnisation des dommages causés aux troupeaux, plus rapide, à hauteur de la valeur de remplacement et non de la valeur marchande et non forfaitaire des bêtes ;
- des aides financières dans un cadre d’anticipation du retour du loup, mais également lorsque le loup a quitté le territoire - par exemple, la pérennisation des aides pour les fermes qui ont investi dans un chien de protection et des clôtures à entretenir, une fois que la zone est déclassée « Zone de Présence Permanente » (ZPP) ; voire la disparition de la distinction entre des zones « ZPP » et « hors ZPP » ;
- lorsqu’une zone perd son classement en « ZPP », MNE demande la possibilité de résiliation des conventions pluriannuelles signées entre éleveurs et Etat pour les aides à la protection ; et/ou la poursuite des aides jusqu’alors conditionnées au classement de la zone ;
- des aides financières pour des mesures de protection plus variées que celles soutenues actuellement, adaptées à chaque cas et non forfaitaires (par exemple : ne pas rendre obligatoire la présence d’un fil électrifié en bas de clôture, qui peut être remplacé par un grillage de type ursus renforcé, plus facile à entretenir ; ou encore permettre l’achat de chiens LOF plus coûteux mais plus pertinents) ;
- si besoin est, une avance de trésorerie permettant les investissements nécessaires, avant l’obtention des aides (80% subventionnables dans la limite de plafonds) ;
- la prise en charge des 20% de frais liés à la protection des troupeaux restant à charge des éleveurs (grâce à l’accompagnement d’investissements collectifs par exemple) ;
- la prise en compte de l’usure normale des moyens de protection prêtés aux éleveurs dans le cadre de mesures d’urgence (ex : filets électrifiés) ;
- un accompagnement technique individualisé et humain pour la réalisation d’un diagnostic par exploitation, et le conseil aux choix des mesures de protection à mettre en place ;
- la formation et l’embauche ou la mise à disposition par l’Etat de personnels pour la mise en place, l’entretien et le suivi des mesures de protection sur un territoire (salariés en contrats aidés, volontaires en service civiques encadrés par des techniciens, expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée »…) et la mise à disposition de matériel d’entretien (débroussailleuse, épareuse…) ;
- la reconduction des contrats des aides-bergers et la pérennisation des aides financières liées, au-delà des durées légales de contrats à durée déterminée ;

MNE demande une modification du régime d’autorisation des tirs pour les rendre pertinents.


La nécessité de l’expérimentation

> Des mesures de protection adaptées à la plaine doivent être expérimentées et étudiées afin de développer la connaissance sur l’efficacité de ces mesures de protection et les moyens de mise en œuvre de ces mesures (moyens humains, financiers, matériels…).

Depuis 2014, MNE a initié l’expérimentation et le suivi de différentes mesures de protection des troupeaux, peu ou pas utilisées.

MNE demande des aides financières pour expérimenter et évaluer des mesures de protection conventionnelles (clôtures électriques, filets électrifiés, chiens de protection) et alternatives (ânes-gardiens ; colliers répulsifs ; haies défensives mixtes ; clôtures alternatives…).
MNE demande un suivi systématique par des pièges photographiques des parcs sur lesquels sont installées des mesures de protection, en plus du suivi global de l’espèce par l’Office National de la Faune Sauvage (ONCFS).
MNE ne s’oppose pas à l’utilisation contrôlée de chiens créancés, afin de connaître l’efficacité et/ou les failles de mesures de protection.


La question des tirs

> Si le loup poursuit sa recolonisation du territoire national, il y a plusieurs hypothèses d’évolution de la population. L’abattage d’un individu laisse une niche écologique vacante, ce qui n’apporte pas nécessairement de solution à long terme à la problématique. Le système de gradation actuel des tirs n’est pas forcément adapté.

MNE considère certains tirs non létaux (non mortels) comme inefficaces voire contre-productifs à l’instar des tirs d’effarouchement sans expérience négative pour le loup à l’approche d’un troupeau.

MNE demande à ce que les tirs autorisés entraînent pour le loup une expérience négative chaque fois qu'il s'approche des troupeaux et des lieux de vie des humains, plutôt que l’abattage de loups hors parcellaires.
MNE propose l’expérimentation de tirs de sommation permettant au loup d’avoir une expérience négative (balles à blanc, tirs avec cartouche de gaz…) plutôt que des tirs d’effarouchement inefficaces.


MNE ne s’oppose pas aux autorisations de tirs de défense accordées aux éleveurs dès leur première attaque.

MNE demande que seuls les éleveurs qui ont mis en place un panel de mesures de protection puissent accéder à un tir de défense renforcé.

MNE est opposée au prélèvement des individus comme solution immédiate, car cela ne règle pas la problématique mais la diffère. MNE n’est pas convaincue de l’utilité des quotas de prélèvement, favorisant des abattages sur des critères quantitatifs plutôt que qualitatifs sans sélectionner les individus à prélever. Dans des cas très particuliers, MNE ne s’opposera pas à une autorisation de tirs de prélèvement.


MNE demande que les tirs de défense renforcés soient systématiquement privilégiés aux tirs de prélèvement, à n’autoriser que de façon exceptionnelle.
MNE demande que les autorisations de tirs de prélèvement soient justifiées par des critères qualitatifs (par exemple, loup « récalcitrant » spécialisé dans l’attaque des troupeaux malgré la mobilisation des éleveurs pour protéger leurs cheptels, preuve visuelle d’un loup qui saute au dessus des clôtures…).


MNE s’opposera systématiquement aux tirs de prélèvement renforcés, non sélectifs.

> Le piégeage des individus peut permettre de les équiper de dispositifs de géolocalisation et d’assurer un suivi scientifique, en plus de générer un traumatisme, expérience négative transmise le cas échéant à la meute.

MNE valide le principe du piégeage à visée scientifique, testé aux Etats-Unis et relaté par le Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité.

MNE demande que le piégeage à visée scientifique soit développé, dans un but non létal.

L’implication au côté de l’Etat

> L’Etat a eu des difficultés à anticiper le retour du loup et doit trouver les moyens de concilier, sur un même territoire, les intérêts économiques et les objectifs environnementaux, le court terme et le long terme. Face à la présence du loup en plaine lorraine, il est important qu’un échange ouvert et constructif puisse se tenir entre les éleveurs directement concernés, les représentants du monde agricole, les représentants de la forêt et de la faune sauvage, les associations de protection de la nature et de l’environnement et les instances publiques. En ce sens, les Comités départementaux « Loup » doivent rester un espace réel de concertation, de suivi et de mise en relation.
MNE développe une expertise sur la situation en plaines, qu’elle propose pour la révision des textes d’application et leur adaptation aux contextes locaux, afin de rechercher les moyens d’une cohabitation apaisée.

MNE demande à être invitée à la table des échanges systématiquement (en comités départementaux « loup » de la région Grand Est notamment, a minima en comités 54, 55 et 88.
MNE demande la participation d’associations actives et expertes en territoires de plaines au Comité National Loup.
MNE partage les données issues de son suivi sur le terrain (indices de présence) via le Réseau loup-Lynx.
MNE demande la diffusion des informations du Réseau loup-Lynx et de l’Etat de façon plus régulière, notamment sur les territoires des exploitations suivies par l’association.
MNE demande la communication autour de la mise à jour du type d’attaque dès que cela est connu (loup ; loup non exclu ; loup exclu).
MNE demande l’utilisation raisonnée des analyses ADN pour différencier une prédation occasionnée par un chien d’une prédation occasionnée par un loup.
MNE demande la constitution d’un fichier référençant les chiens typés « loup » (chiens de Sarloos, chiens tchèques…) avec carte d’identité génétique sur la base d’une déclaration obligatoire pour tout détenteur.


Le développement de la sensibilisation et de la communication

> La recherche de solutions de cohabitation vivable nécessite une concertation élargie et le développement d’une expérience locale. Le dialogue et la communication sont indispensables entre les différentes parties prenantes et avec le grand public.

MNE soutient la montée en compétences des acteurs concernés (éleveurs, bénévoles, conseillers…), aide à la compréhension de la problématique et contribue au développement et à la diffusion de la connaissance.

MNE demande le soutien des structures développant des outils pédagogiques et des actions de sensibilisation du public, tenant compte des différents enjeux et réalités de terrain et valorisant le travail mené par les éleveurs.



Elevage en plaine ou loup : pourquoi choisir ?

Note de positionnement éditée par 8 associations en Octobre 2014

Note téléchargeable en cliquant ici


La présence du loup en Meuse : un sujet complexe et sensible


Le loup est revenu naturellement dans notre pays il y a plus de 20 ans, à partir d’une population située en Italie. Depuis la première observation de l’espèce en France en 1992, l’aire de répartition du loup s’est développée essentiellement depuis l’arc alpin du sud vers le nord. Le processus de retour du loup recense de nombreux cas d’individus traversant de vastes espaces inoccupés par l’espèce pour se fixer dans de nouvelles régions.

La présence du loup fut avérée dans le Massif vosgien à partir de 2011, avant que l’on ne soupçonne son arrivée dans le centre du département de la Meuse à l’automne 2013.
Sa présence en Meuse et les premiers cas d’attaque de troupeaux ovins dans les plaines ont engendré des réactions vives de la part de la profession agricole. Il est vrai, qu'au delà du côté sensationnel, sa présence réveille en nous des peurs ancestrales alimentées depuis toujours par la littérature et, en ce moment, par les images d’animaux ensanglantés et éventrés. Pour autant le loup n’est pas dangereux pour l’homme.

Dans ce contexte, une réaction « à chaud » de nos associations suite à la diffusion de plusieurs communiqués de presse, articles et reportages n’a pas été jugée opportune afin de ne pas entrer dans un débat stérile. Le loup est un animal complexe et sa présence en Meuse, dans une zone de plaine qui plus est, est une première nationale qui demande une certaine réflexion.


Le loup : une espèce protégée



Le loup est protégé :
- au niveau international par la Convention de Berne du 19 septembre 1979 (ratifiée par la France le 26 avril 1990) ;
- au niveau communautaire par la Directive « Habitats » du 21 mai 1992 ;
- au niveau national par l'arrêté ministériel du 22 juillet 1993 (désormais par l'arrêté ministériel du 23 avril 2007).
A titre dérogatoire, les deux arrêtés ministériels du 30 juin 2014 définissent un cadre bien précis pour autoriser les tirs de prélèvement (abattage) du loup si aucun autre moyen de protection n’est efficace. Dans ce sens, dess associations n’hésiteront pas un instant à aller au contentieux si le loup devait être abattu illégalement comme en atteste le récent recours (déposé par FNE, MIRABEL/LNE, FERUS, ASPAS et LPO) contre l’arrêté préfectoral du 28 août 2014 autorisant les tirs de prélèvement sur 9 communes meusiennes.


Les éleveurs en première ligne



L’élevage en Meuse est une activité agricole incontournable et source d’emplois. L’activité ovine contribue pleinement à la diversité des activités agricoles tout comme à celle de nos paysages. Ces pratiques permettent la préservation d'espèces et d'habitats et contribuent au maintien d'une biodiversité spécifique dans les prairies pâturées et non retournées.

Nos associations comprennent pleinement le désarroi et le traumatisme des éleveurs face à la présence du loup dans le département, qui apparaît comme une difficulté supplémentaire immédiate, outre celles auxquelles ils sont déjà confrontés.
Si la préservation des conditions de travail et de vie des éleveurs est un objectif incontournable, la protection du loup comme celle d’autres espèces est également un impératif d’intérêt général inscrit dans les règles de droit national, communautaire et international. On ne peut pas sacrifier l’un à l’autre.


Le loup, un bouc émissaire ?


Les difficultés de la filière ovine ne peuvent cependant justifier que le « dossier loup » soit principalement conduit sous la pression de lobbies agricoles ou politiques. Le loup ne doit pas être instrumentalisé et être tenu pour seul responsable de la situation préoccupante de l’élevage ovin en Meuse. Ne cédons pas au raccourci qui consiste à dire : « c’est soit l’élevage, soit le loup ! ».

On compte en Meuse près de 22 245 brebis. D’octobre 2013 à fin septembre 2014, on dénombre 47 attaques du loup dans le département avec près de 100 ovins tués... Le total des pertes attribuées au loup depuis près d’un an est donc de 0,45 % du cheptel meusien. Il est vrai que les attaques sont spectaculaires et concentrées sur une zone restreinte, mais ce chiffre est à comparer à la mortalité, hors loup, du cheptel ovin infiniment supérieure : maladies, parasitismes, chiens errants… Selon les études, les chiens errants ou divagants seraient responsables de prédations annuelles pouvant atteindre jusqu’à 5 % des effectifs présents en France !


Eradiquer le loup en Meuse : une réponse inadaptée


D’une manière générale, nos associations dénoncent la politique dont la stratégie, en réponse à la présence du loup, vise la destruction des individus plutôt que la protection des troupeaux. Elles rappellent que la possibilité de destruction d’individus au niveau national est une dérogation à la protection de l’espèce et qu’il est inconcevable d’abattre le loup, surtout en zone de reconquête de territoire !

Un seul loup a été recensé officiellement en Centre Meuse. Abattre ce loup apparaîtrait comme un repli dans la facilité et un aveu d’impuissance de notre pays à s’adapter aux situations nouvelles, alors même que des solutions alternatives existent. Sommes-nous vraiment incapables de nous adapter à la réapparition naturelle d’un animal qui avait disparu de notre territoire de par nos activités ?
Par ailleurs, un loup abattu laissera derrière lui un espace disponible et adapté à la vie d’un autre loup en recherche de territoire laissé vacant.


Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités


L’Etat n’a pas réussi à anticiper le retour du loup en plaine annoncé depuis des années. Il incombe maintenant aux pouvoirs publics et aux différentes parties prenantes de faire concilier, sur un même territoire, les intérêts économiques et les objectifs environnementaux, le court terme et le long terme. On ne peut pas proclamer que toute cohabitation entre le loup et l’élevage ovin en Meuse est impossible avant d’avoir tout fait pour que cela devienne possible. Pastoralisme et écosystèmes naturels équilibrés ne sont pas incompatibles : nos associations ne veulent pas d’une Meuse sans éleveurs ni brebis. Elles ne veulent pas non plus la destruction du loup !

Des mesures d’effarouchement et de défense contre le loup existent et n’ont pas encore été mises en place efficacement dans les plaines meusiennes : regroupement des troupeaux, clôtures électriques adéquates, aide-bergers, chiens de protection, etc. Dans le Centre Meusien, un des foyers d’attaque du loup, quelques moyens de protection ont été mis en place autour des troupeaux (filets de protection) mais ils restent nettement insuffisants (voire absents) : grillages à moutons, fils non électrifiés, aucune présence de chien ou d’âne, clôtures avec de simples barbelés…

L’Etat doit prendre en charge sans délai les dépenses liées à la protection des troupeaux. Les crédits d’urgence débloqués en Meuse (60 000 euros au total pour le moment) ont le mérite d’exister mais apparaissent bien insuffisants pour soutenir efficacement les éleveurs impactés par le loup. Il en est de même pour les indemnités, versées aux éleveurs suite aux attaques du loup, qui ne couvrent pas totalement les pertes indirectes liées au traumatisme du troupeau.

Nos associations demandent donc la poursuite et l’accentuation du soutien à la mise en œuvre des mesures de protection, mais aussi de nouvelles expérimentations pour une coexistence entre l’élevage de plaine et la présence du loup, l'élevage ovin, en Meuse, ayant la particularité de se composer de petits troupeaux sur des petites parcelles, contrairement à ce qui se fait dans les Alpes (« gros » troupeaux sur de grandes étendues). Des mesures inadaptées dans les montagnes peuvent ici s’avérer efficaces, et d’autres sont à inventer et à expérimenter.


L’exemple des plaines vosgiennes : un loup en apprentissage



Le loup est un animal opportuniste. Lorsqu’il arrive dans un nouveau territoire (généralement il s’agit d’un jeune loup détaché d’une meute) les ovins apparaissent immédiatement comme des proies faciles d’accès car non protégées. La mise en place efficace des moyens de protection et de défense des troupeaux incitera le loup à se tourner de plus en plus vers la faune sauvage pour se nourrir toute l’année.

En ce sens, l’exemple des Vosges est parlant.

Au niveau de la plaine :

Les premières attaques en plaine du loup - présent dans le massif vosgien depuis 2011 - ont démarré en 2012 où l’on a dénombré durant l’année 55 attaques pour 127 victimes. En 2013, on comptabilisait 40 attaques pour 72 victimes soit une diminution des attaques en plaine en une année de plus de 27 % pour 43 % de victimes en moins ! Cette diminution des attaques sur troupeaux en plaine se poursuit sur les 6 premiers mois de 2014 avec 11 attaques recensées contre 25 attaques attribuées au loup en 2013 sur la même période…

Au niveau du massif :

Les attaques sur troupeaux et les victimes attribuées au loup dans le massif vosgien ont diminué respectivement de 66,7 % et de 76,3 % en l’espace de 2 ans ! 45 attaques (110 victimes) ont été recensées dans le massif en 2011 contre 15 attaques (26 victimes) en 2013. Cette tendance à la baisse se poursuit en 2014 alors même que la population de loups présente dans le massif Vosgien est passée de 1 à, au moins, 4 individus sur ces trois dernières années ! Cela prouve que le nombre d'attaques sur les troupeaux n'est pas proportionnel au nombre de loups, et que les mesures de protection s’avèrent efficaces, même si elles n’empêchent pas toute attaque.

Si cela fonctionne dans les Vosges avec les contraintes liées au relief et au climat, alors pourquoi pas en Meuse ?


Le loup, un grand prédateur qui a un rôle à jouer


Le loup, prédateur au sommet de la chaîne alimentaire, contribue à restaurer la qualité des écosystèmes en limitant les populations d'ongulés. Il est le signe d’une remontée biologique encourageante pour tous ceux qui ne se résignent pas à voir leur environnement s’appauvrir, s’enlaidir et se banaliser. Un pays où une nouvelle espèce sauvage peut vivre est un pays plus riche pour les humains qui l’habitent, car la vie n’est pas que gestion, aménagement et régulation.

Le loup instaure un équilibre entre les populations de ses proies et leur milieu. En régulant les ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers dans une moindre mesure…), il limite la dégradation de la flore et des arbres et ainsi les risques d’épuisement des ressources, ce qui est positif pour la bonne santé de nos forêts.

Grand prédateur, le loup est un régulateur indispensable en Meuse où la multiplication des effectifs d’ongulés sauvages, depuis 20 ans, pose d’importants problèmes aux forestiers et agriculteurs !


Place au dialogue


Face à la présence du loup en Meuse, il est important qu’un échange ouvert et constructif puisse se tenir entre les éleveurs directement concernés, les représentants du monde agricole, les représentants de la forêt et de la faune sauvage, les associations de protection de la nature et de l’environnement et les instances publiques. En ce sens, le Comité départemental « Loup » doit rester un espace réel de concertation, de suivi et de mise en relation.

Par ailleurs, nos associations souhaitent ouvrir le dialogue. Nous avons ainsi commencé à rencontrer les éleveurs ovins, afin d’échanger sur les difficultés à l’installation des moyens et mesures de protection efficaces des troupeaux, et sur le rôle que nous pourrions jouer, pour faciliter leur mise en œuvre, dans un objectif de cohabitation avec le loup.


Sources :

- Etude de Vulnérabilité à la prédation par le loup - réalisée par la Chambre d’Agriculture Meuse pour la DDT de la Meuse
- Comité de suivi des grands carnivores loup-lynx – réunion du 3 juillet 2014 - Epinal
- Bienvenue au loup et au lynx - La Société forestière suisse (SFS) salue la présence du lynx et du loup en Suisse – juillet 2012
- Plans de chasse en Meuse (Cerf : environ 200 individus en 2000 => env. 400 en 2011 / Chevreuil : env. 2500 individus en 2000 => env. 11 000 en 2011 / Sanglier : env. 1000 individus en 1980 => env. 11 000 en 2011)
- Site du ministère chargé de l'environnement sur le loup


Liens vers des brochures loup :


- Lien vers le site de FNE sur le loup
- Dépliant de l'ASPAS : campagne sur la connaissance et la protection du loup
- Lien vers le site de Cap Loup
- Lien vers le site de l'ASPAS