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Batraciens

Manger ou sauver les grenouilles

Animaux à sang froid, les batraciens ne sont pas les animaux les mieux connus ou les plus appréciés. Sauf parfois pour leurs cuisses !

Depuis un certains nombre d'années maintenant, Meuse Nature Environnement met en place un "crapauduc" sur la commune de Lavincourt, dans le Sud-Meusien (d'autres expériences sont réalisées par le Parc Naturel Régional de Lorraine, le Conservatoire des Sites Lorrains).


En effet, l'alternance entre espace boisé et zone humide est indispensable aux cycles de vie des amphibiens. Or, les routes bitumées coupent, fragmentent leur milieu et le code de la route ne leur prévoit pas encore de passages à niveau !


La mise en place d'un "crapauduc" est une opération de sauvetage des crapauds qui traversent la route à la période de leurs amours. L'objectif du chantier est de recueillir dans des pièges les crapauds qui doivent traverser la route départementale pour rejoindre leur site de reproduction et les relâcher de l'autre côté de la route, et idem lors de leur retour.


Les batraciens sont protégés. En Meuse, nous pouvons rencontrer des tritons (palmé, ponctué, alpestre, crêté), des salamandres (tachetée), des crapauds (commun, calamite), des grenouilles (rousse, agile, rieuse, de lesson, verte) et biens d'autres amphibiens (alyte accoucheur, sonneur à ventre jaune, rainette, pélodyte ponctué)...

Ce sont certaines de ces espèces qui sont sauvées chaque année grâce aux "crapauducs".

Si les crapauds chantent l'amour, comme dans tout bon opéra, nous voulons aujourd'hui fredonner :


à l'eau les crapauds, pas à la crème, ni à l'huile !


Selon l'ONU, cité par New Scientist, la France importerait entre 2500 et 4000 tonnes de cuisses de grenouilles chaque année. Au total, selon David Bickford (Université de Singapour) et ses collègues, entre 180 millions et un milliard de grenouilles seraient prélevées dans la nature tous les ans (source : Science et Vie). L'Indonésie est l'un des premiers fournisseurs des amateurs de muscles batraciens : pas moins de cinq mille tonnes seraient exportées vers la France, la Belgique et le Luxembourg.

Que ce soit en France ou ailleurs dans le monde, les causes de disparition des grenouilles sont multiples. Ces menaces sont d'autant plus importantes que ces espèces occupent un territoire étroit: elles sont alors beaucoup plus sensibles à une modification locale de leur habitat.

Non content de dégrader leur habitat, l'Homme et son goût immodéré pour les cuisses de grenouille ajouteraient à la menace (étude publiée par Conservation Biology ; source : Science et Vie).
Alors, plutôt que de consommer des cuisses de grenouilles, venez le printemps prochain donner un coup de main à l'association Meuse Nature Environnement pour aider les batraciens à traverser la route !



Marte et belette

Lettre ouverte au Président de la République

Bar-le-Duc, le lundi 23 mars 2009



De : Meuse Nature Environement



à :
Monsieur le Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75008 Paris



Objet : réaction associative concernant la reclassement de la martre et de la belette parmi les espèces dites "nuisibles"



Monsieur le Président de la République,

Votre temps est précieux et vos actions sont nombreuses. Cependant nous prenons le parti de nous adresser directement à vous qui incarnez l'autorité de l'Etat.

Une nouvelle fois, la martre et la belette changent de statut juridique. Sorties en 2002 de la liste des espèces dites "nuisibles", puis réintégrées, puis ressorties en 2008 grâce à Jean-Louis Borloo (1), elles sont à nouveau précipitamment intégrées par le ministère de l'Ecologie (2) !

C'est le moins que l'on puisse en dire, ces revirements successifs donnent à ce dossier un aspect peu réfléchi.
Quels sont en effet les arguments techniques ou scientifiques de ces modifications de statut au gré des Ministres et des Secrétaires d'Etat ?
Force est de constater que la réalité biologique du statut de "nuisible" ne tient pas un seul instant face à ces revirements.

Le jour même de la publication au Journal Officiel (11/12/2008) de l'arrêté du Ministère de l'Ecologie retirant la martre (Martes martes) et la belette (Mustela nivalis) des espèces "nuisibles", le Président de la Fédération Nationale des Chasseurs, Monsieur Charles-Henri de PONCHALON vous écrivait (3).


Est-ce que cet arrêté ministériel de déclassement a été pris à "l'encontre des expertises techniques et scientifiques" ?

Non, autant le classement en "nuisibles" d'une espèce n'est qu'une décision juridique pris à la demande des chasseurs, autant le déclassement de la belette et de la martre de la liste des espèces susceptibles d'être classées "nuisibles" était déjà argumenté scientifiquement et techniquement dans des rapports, en date de 2002, du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement.

Est-ce que cet arrêté de déclassement "blesse la ruralité" ?
Non, il existe une majorité silencieuse - non chasseuse - qui souhaiterait profiter des espaces naturels en toute tranquillité, sans craindre le pire pour sa famille.

Est-ce que cet arrêté de déclassement "froisse" les chasseurs et piégeurs "dans leurs loisirs", dans leur "espace de liberté et de détente" ?
Non, il existe d'autres espèces classées "nuisibles" que chasseurs et piégeurs peuvent oisivement détruire.
Non, car la liberté des uns s'arrêtent là où commence celle des autres ! Et il est temps que même les "adversaires des chasseurs et des piégeurs" puissent eux aussi bénéficier d'un "espace d'évasion" en milieu naturel !

Est-ce que cet arrêté de déclassement était à même de "provoquer un véritable tollé" des chasseurs et piégeurs ? Est-ce qu'il aurait entraîner, de leur part, "une véritable déception à l'égard du monde politique" ? Est-ce qu'il aurait déchaîner des "critique" auxquelles le Président de la République n'aurait pas à échapper ? Est-ce qu'il aurait remis en cause leur "appartenance" un ministère détaché des réalités rurales et en qui ils n'auraient plus eu "confiance" ?
Oui, mais la préservation de la faune sauvage, tout comme la politique (au sens noble du terme), sont à ce prix : les bonnes décisions ne font pas plaisir à tout le monde, quand bien même ce "tout le monde" ne représente qu'une infime minorité.

En tout état de cause, ce reclassement blesse profondément les membres d'associations de protection de la nature et de la faune et tous ces Français qui vivent dans l'espace rural et y développent des activités inconnues de toute évidence "par les chasseurs et les piégeurs".

Nul argument technique ou scientifique à ce revirement donc, mais une simple raison politique.

Cette valse hésitation du statut juridique de deux espèces démontre en tout cas le manque total de fondement biologique de la notion de "nuisibilité". Toutes les études scientifiques réalisées en Europe prouvent que le régime alimentaire de ces deux mustélidés n'est en rien dommageable à la biodiversité, ni aux élevages. Au contraire, ces gros consommateurs de rongeurs sont très utiles à l'agriculture et à la sylviculture. La seule chose qui motive la destruction de ces deux animaux, c'est le fait de pouvoir "prendre plaisir" à les piéger toute l'année. Le nombre des piégeurs est en hausse permanente depuis des années, mais pas celui des mammifères : on ne connaît même pas l'état des populations de martre dans la plupart des départements.

Au début des années 2000, l'ONCFS soulignait la faiblesse des données sur la prédation de la martre, du putois et de la belette sur le gibier :
"Il n'existe pas d'étude française sur l'impact particulier de la martre, du putois ou de la belette sur une espèce gibier. Les études menées en Europe sur l'influence particulière de l'une ou de l'autre de ces espèces sur une espèce gibier rencontrée en France sont également quasi-inexistantes.".


Curieux décalage entre le monde de la chasse et les réalités biologiques.
Curieux décalage entre le Président de la République du Grenelle de l'Environnement et celui de la chasse au contentement des chasseurs.

La "gestion" de la faune sauvage ne peut pas être le "fait du prince" : usagers des espaces naturels, propriétaires forestiers, associations de chasseurs, gestionnaires de la forêt, associations de protection de la nature, scientifiques, etc., tous ont leur mot à dire.
La nature (donc la faune sauvage) n'appartient à personne !


Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à l'assurance de nos plus respectueuses salutations.

Le Président de Meuse Nature Environnement





(1) En 2003, Roselyne Bachelot avait réintégré la martre et la belette, mais aussi le putois, dans la liste des espèces "nuisibles" d'où Yves Cochet les avait sorties en 2002, comme Jean-Louis Borloo en décembre 2008. De quoi en perdre son latin.

(2) Arrêté du 18 mars 2009 modifiant l'arrêté du 30 septembre 1988 fixant la liste des animaux susceptibles d'être classés nuisibles

(3) Les citations entre guillemets, dans la suite du présent courrier, sont extraites dudit courrier de M. PONCHALON à votre intention



Lettre ouverte au Directeur de la DIREN

Bar-le-Duc, le 2 mars 2009



De : Meuse Nature Environement



à :
DIREN Lorraine
19 avenue Foch
BP 60223
57005 Metz Cedex 1



Objet : Réaction concernant la "suspension" de l'arrêté excluant la martre et la belette des espèces dites "nuisibles"


Monsieur le Directeur,

Une nouvelle fois, la martre et la belette changent de statut juridique. Sorties en 2002 de la liste des espèces dites "nuisibles", puis réintégrées, puis ressorties en 2008 grâce à Jean-Louis Borloo , elles sont à nouveau précipitamment intégrées par le Ministère de l'Ecologie !

C'est le moins que l'on puisse en dire, ces revirements successifs donnent à ce dossier un aspect peu réfléchi.

Quels sont en effet les arguments techniques ou scientifiques de ces modifications de statut au gré des Ministres et des Secrétaires d'Etat ?

Force est de constater que la réalité biologique du statut de "nuisible" ne tient pas un seul instant face à ces revirements.

Le jour même de la publication au Journal Officiel (11/12/2008) de l'arrêté du Ministère de l'Ecologie retirant la martre (Martes martes) et la belette (Mustela nivalis) des espèces "nuisibles", le Président de la Fédération Nationale des Chasseurs, Monsieur Charles-Henri de PONCHALON, écrivait à Monsieur le Président de la République.

Est-ce que cet arrêté ministériel de déclassement a été pris à "l'encontre des expertises techniques et scientifiques" ?

Non, autant le classement en "nuisibles" d'une espèce n'est qu'une décision juridique pris à la demande des chasseurs, autant le déclassement de la belette et de la martre de la liste des espèces susceptibles d'être classées "nuisibles" était déjà argumenté scientifiquement et techniquement dans des rapports, en date de 2002, du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement.

Est-ce que cet arrêté de déclassement "blesse la ruralité" ?
Non, il existe une majorité silencieuse - non chasseuse - qui souhaiterait profiter des espaces naturels en toute tranquillité, sans craindre le pire pour sa famille.

Est-ce que cet arrêté de déclassement "froisse" les chasseurs et piégeurs dans leurs loisirs, dans leur "espace de liberté et de détente" ?
Non, il existe d'autres espèces classées "nuisibles" que chasseurs et piégeurs peuvent oisivement détruire.
Non, car la liberté des uns s'arrêtent là où commence celle des autres ! Et il est temps que même les "adversaires des chasseurs et des piégeurs" puissent eux aussi bénéficier d'un "espace d'évasion" en milieu naturel !

Est-ce que cet arrêté de déclassement était à même de "provoquer un véritable tollé" des chasseurs et piégeurs ? Est-ce qu'il aurait entraîner, de leur part,"une véritable déception à l'égard du monde politique" ? Est-ce qu'il aurait déchaîné des "critiques" auxquelles le Président de la République n'aurait pas "échappé" ? Est-ce qu'il aurait remis en cause leur "appartenance" un ministère détaché des réalités rurales "et en qui ils n'auraient plus eu "confiance" " ?
Oui, mais la préservation de la faune sauvage, tout comme la politique (au sens noble du terme), sont à ce prix : les bonnes décisions ne font pas plaisir à tout le monde, quand bien même ce "tout le monde" ne représente qu'une infime minorité.

En tout état de cause, ce reclassement blesse profondément les membres d'associations de protection de la nature et de la faune et tous ces "Français qui vivent dans l'espace rural et y développent des activités inconnues de toute évidence à par les chasseurs et les piégeurs"

Nul argument technique ou scientifique à ce revirement donc, mais une simple raison politique.
Cette valse hésitation du statut juridique de deux espèces démontre en tout cas le manque total de fondement biologique de la notion de "nuisibilité". Toutes les études scientifiques réalisées en Europe prouvent que le régime alimentaire de ces deux mustélidés n'est en rien dommageable à la biodiversité ni aux élevages. Au contraire, ces gros consommateurs de rongeurs sont très utiles à l'agriculture et à la sylviculture. La seule chose qui motive la destruction de ces deux animaux, c'est le fait de pouvoir "prendre plaisir" à les piéger toute l'année. Le nombre des piégeurs est en hausse permanente depuis des années, mais pas celui des mammifères : on ne connaît même pas l'état des populations de martre dans la plupart des départements.

Au début des années 2000, l'ONCFS soulignait la faiblesse des données sur la prédation de la martre, du putois et de la belette sur le gibier : "Il n'existe pas d'étude française sur l'impact particulier de la martre, du putois ou de la belette sur une espèce gibier. Les études menées en Europe sur l'influence particulière de l'une ou de l'autre de ces espèces sur une espèce gibier rencontrée en France sont également quasi-inexistantes. ".

Curieux décalage entre le monde de la chasse et les réalités biologiques.
Curieux décalage entre le Président de la République du Grenelle de l'Environnement et celui de la chasse au contentement des chasseurs.

La "gestion" de la faune sauvage ne peut pas être le "fait du prince" : usagers des espaces naturels, propriétaires forestiers, associations de chasseurs, gestionnaires de la forêt, associations de protection de la nature, scientifiques, etc., tous ont leur mot à dire.

La nature (donc la faune sauvage) n'appartient à personne !

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à l'assurance de nos plus respectueuses salutations.

le Président de Meuse Nature Environnement

Copies à :
- Association pour la Protection des Animaux Sauvages
- Conseil Général de la Meuse
- Conseil Régional de Lorraine
- Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel
- Conservatoire des Sites Lorrains
- Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt
- Fédération Départementale de la Chasse 55
- France Nature Environnement
- Groupe d'Etude des Mammifères de Lorraine
- Mirabel - Lorraine Nature Environnement
- Office national de la chasse et de la faune sauvage 55
- Préfecture de la Meuse



Le rapport Lang sur les "nuisibles" :une vision rétrograde et partisane de la biodiversité

Communiqué de presse - FNE - Mercredi 5 août 2009

Le député de Moselle, M. Pierre Lang, vient de remettre au ministre de l'Ecologie M. Borloo son rapport sur la notion d'espèce "nuisible". A l'heure où la société prend conscience du rôle et de l'importance de la biodiversité pour notre avenir, où les états se mobilisent pour enrayer son déclin, on pouvait espérer trouver dans ce rapport des propositions allant dans le sens d'une meilleure protection de la faune sauvage et d'une réhabilitation des espèces dites "nuisibles".

Or c'est tout l'inverse : les propositions du rapport Lang visent à aggraver les menaces sur les espèces sauvages ! Il s'agit notamment :
- de déroger au statut d'espèce protégée pour permettre la destruction des rapaces ;
- d'autoriser la destruction des nids et des oeufs des oiseaux chassables, actuellement interdite ;
- de permettre le piégeage et la destruction des espèces classées "nuisibles" sur toute la France, au lieu de les limiter aux départements où ces espèces causent des dégâts ;
- et même de légaliser l'usage du poison pour le pigeon ramier, alors que les conséquences du poison en milieu naturel sont catastrophiques pour les espèces sauvages.

Si la faune sauvage peut poser à certaines activités humaines des problèmes ponctuels qu'il faut résoudre, elle joue aussi un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes, rôle que le rapport occulte totalement. Ainsi, les prédateurs, grands consommateurs de petits rongeurs, sont de précieux alliés de l'agriculture. Répondre aux dégâts par la seule destruction n'est plus acceptable aujourd'hui, alors que des méthodes de prévention, non nocives pour la faune, existent et sont efficaces.

Pourtant, FNE, la LPO et la Ligue Roc avaient rencontré M. Lang et lui avaient fait des propositions précises pour une amélioration du statut des "nuisibles". Mais le rapport n'en retient aucune ! M. Lang semble n'avoir entendu que les revendications des chasseurs et des piégeurs, qu'il reprend très largement.

Ce rapport traduit une vision rétrograde et partisane de la faune sauvage : il ne répond pas aux enjeux de la protection de la nature du XXIe siècle.
FNE, la LPO et la Ligue Roc appellent à une réhabilitation des espèces dites "nuisibles", qui passe par une réforme de leur réglementation, en phase avec les enjeux cruciaux de sauvegarde de la biodiversité et les attentes de la société.